J'ai quitté la Polynésie (quelle idée) au printemps 2016 et suis donc désormais disponible pour des rencontres scolaires. A bientôt !



dimanche 27 juin 2010

"Ne dis rien si tu m'aimes"

Je viens de décider que j'allais ajouter une rubrique "projets" à ce blog, parce que je ne sais pas si vous avez remarqué, mais y'en avait pas. Alors du coup, comment les millions d'éditeurs qui ont cette adresse dans leur favoris feraient-ils pour savoir ce qui me reste de libre ? Hein ?
(Pour les béotiens, des "projets", en langage clair, ça veut dire des textes pas publiés...notez que je n'ai pas dit "nuls", j'ai dit "pas publiés", nuance.)

Alors je suis désolée pour les abonnés, car vous connaissez déjà les histoires dont je vais parler....alors vous êtes autorisés à ne pas lire.
C'est l'inconvénient du blog par rapport au site web... ou alors il y a une manip' que j'ai loupée.

Bon allez c'est parti, je me lance.

EDIT : ça y est, celui là il est vendu !!! Sortie prévue début 2012...

Titre : Ne dis rien si tu m'aimes (mais on peut changer, hein, je suis pas pénible comme fille)
Age : jeunes ados, 11-13 ?
Nb signes : 70 000
Genre : roman "sensible", comme on dit
Thèmes : confiance en soi et en l'autre, amour, déception


Et voici l'incipit (et même plus), comme on dit au lycée !



1.


5 novembre, 8H.

Aujourd’hui, ça fait un mois que j’ai rencontré Chine. Un petit mois de rien du tout, alors que j’ai l’impression de la connaître depuis toujours. Chine, ce n’est pas le pays, mais la fille que j’aime.

C’est la première fois que je suis amoureux et que je crois que c’est réciproque. Non, en fait c’est la première fois que je suis amoureux tout court. Alors il faut que je fasse très attention, parce qu’entre elle et moi, c’est tellement fort que c’est impossible que ça m’arrive une deuxième fois.

Je m’appelle Timothée, j’ai 13 ans et j’ai déjà déménagé 4 fois. Et à part ça, j’ai une vie tellement ordinaire que je parfois, je me demande à quoi elle sert. Enfin, ça, c’était jusqu’à ce que je rencontre Chine.

Chine, c’est la première personne qui m’a parlé quand je suis arrivé dans mon nouveau collège.

Je déteste être le nouveau, ce qui tombe mal parce que justement, ça m’arrive souvent. Tout le monde vous regarde comme si vous étiez en slip ou comme si on vous avait refilé le jean de votre grand-père, ou les deux à la fois. Il faut traverser toute la classe sous les regards des élèves qui se retournent au fur et à mesure, ça donne l’impression d’avoir des semelles de plomb.

Quand je suis arrivé dans la classe, je l’ai tout de suite remarquée. C’est comme si tout avait été en gris et blanc, sauf son pull rouge et elle dedans. Elle avait d’épais cheveux qui coulaient comme de l’encre sur ses épaules et quelque chose de très étrange, qui me donnait envie d’aller vers elle alors qu’elle semblait très distante. Elle était là sans être là, on aurait dit que quoi qu’il puisse se passer, elle n’était pas concernée.

Elle m’a fait penser à un personnage de haïku. J’aime bien les haïkus : avec les BD et le programme télé, c’est la seule chose que je lis. Déjà, parce que c’est très court. Et parce que ça me donne l’impression d’être ailleurs, dans un endroit qui ne ressemble qu’à moi et qui ne change pas, même quand je déménage. J’ai essayé d’en écrire quelques-uns. Je ne sais pas ce qu’ils valent et à vrai dire, je m’en fiche, parce ce que je ne compte pas les montrer à qui que ce soit.

- Timothée ? Timothée !

La voix de la prof principale, qui m’avait planté sur l’estrade pour me présenter aux autres, m’a fait sursauter. Elle aurait pu dire que je m’appelais Jean-Gyrophare et que j’étais champion de mots-croisés que je ne l’aurais même pas remarqué. J’étais complètement hypnotisé par la Fille aux Cheveux d’Encre, ça me faisait presque mal de la regarder.

La prof a continué :

- Voyons, Timothée…où est-ce que tu vas t’installer ? Tiens, va donc là-bas, à la table de Chine.

Sur le coup, je n’ai pas très bien compris. C’était quoi, cette histoire de tables chinoises ? De quoi est-ce qu’elle me parlait ?

Et puis la Fille aux Cheveux d’Encre s’est levée et j’ai réalisé que Chine, c’était comme ça qu’elle s’appelait.

Chine. Chine Chine Chine. J’ai répété plusieurs fois le prénom dans ma tête et j’ai décidé que ça lui allait parfaitement bien, parce que c’était un prénom incroyable. Comme elle.

D’un coup, je me suis senti mal. Qu’est ce que j’allais bien pouvoir lui dire ? De quoi parlait-on avec une fille comme ça ? Et pourquoi j’avais mis ce pull à carreaux ? Elle allait me trouver complètement nul, c’est sûr.

La prof principale m’a tapoté le dos. J’ai inspiré un bon coup et j’ai commencé la Grande Traversée de la Classe. Ce qui est bizarre, c’est qu’en fait, je n’avais pas de semelles de plomb à traîner, d’ailleurs, c’est la première fois que ça m’arrivait.

La Fille aux Cheveux d’Encre m’a regardé dans les yeux, ça m’a cloué sur place, avant de dire d’une voix très calme et assurée :

- Salut. Je m’appelle Chine.

C’est comme ça qu’entre nous, ça a commencé.

2.



5 novembre, 16H42.

- Bon alors, tu viens ?

Chine est contrariée, comme à chaque fois que je discute avec quelqu’un d’autre qu’elle. Mais finalement, si elle me veut entièrement pour elle, c’est la preuve qu’elle est amoureuse de moi, non ? Alors je fais semblant de soupirer, mais au fond de moi, je chante, je cours, je hurle de joie. Et je suis rassuré, aussi, parce que rapport à elle, j’ai toujours l’impression d’être aussi intéressant qu’un documentaire sur l’histoire de la tringle à rideau. Ca a commencé dès le premier jour, pendant un cours de géo. On était en train de cartographier les cours d’eau du continent africain, quand elle m’a sorti comme ça, au milieu de rien :

- Quand j’étais petite, j’habitais au Kenya, à Nairobi. Dans la savane, il faut faire attention à ne pas tomber sur une lionne avec ses petits. C’est très dangereux, les lionnes.

- Et alors, qu’est ce qu’on fait si on en voit ? j’ai chuchoté en l’imaginant, tapie au milieu des herbes hautes.

- Tu recules doucement en la regardant droit dans les yeux, mais surtout tu ne te retournes jamais.

J’ai pensé à mes parents qui n’arrêtaient pas de nous faire déménager et qui n’avaient jamais été fichus de nous emmener dans des endroits comme ça. Chine croisait des lionnes énervées dans la savane, et moi, la seule chose que je pouvais raconter des villes où j’avais habité, c’est qu’en Alsace j’avais eu la coqueluche, que l’essence de notre voiture avait gelé dans le Jura et qu’à Valenciennes, on ne dit pas serpillière mais wazingue. J’ai cherché un truc à raconter, n’importe quoi qui aurait pu me rendre un peu moins ordinaire, mais je n’avais rien. Même ma cicatrice au sourcil, je dis toujours que je me la suis faite dans un championnat de surf alors qu’en vérité, je n’ai jamais vu l’océan. En vrai, elle date de la fois où je suis cogné en ouvrant trop fort la porte du placard de la salle de bain.
C’est drôle à pleurer.

Quelques minutes plus tard, la fin du cours a sonné.

- J’aurais préféré ne jamais y aller, a alors ajouté Chine.

- Où ça ? j’ai répondu sans réfléchir, parce que j’étais toujours occupé à chercher comment poursuivre la conversation en ayant l'air intéressant.

Chine m’a répondu d’un air excédé et j’ai eu l’horrible impression d’être le pire crétin qu’elle n’ait jamais rencontré, ce en quoi elle aurait eu raison. Qui d’autre se serait laissé déconcentrer pendant que la Fille aux Cheveux d’Encre parlait ?

- Au Kenya ! Tu ne m’écoutais pas ?

- Bien sûr que si ! j’ai aussitôt répondu en espérant que ça sonne évident. Je me suis dépêché d’ajouter :

- Ne pas y être allé ? Au Kenya…Tu rigoles ? Moi, la seule chose que je connais de l’Afrique, c’est le magasin de Maalik en bas de chez moi !

Chine m’a regardé dans les yeux et il m’a semblé que les siens prenaient toute la place sur son visage. On s’est levés pour sortir de la salle et elle m’a soufflé :

- Mes parents sont morts quand on était là-bas.

Je me suis senti encore plus idiot. J’ai voulu faire quelque chose, disparaître ou l’embrasser mais pour cela, il aurait fallu être lâche ou courageux. Et je n’ai même pas été fichu d’être l’un des deux. Alors j’ai continué d’avancer sans rien dire et j’ai foncé dans Bertille qui s’était arrêtée en plein milieu de la salle pour refaire son lacet.

Ce qui est incroyable, c’est qu’après une entrée en matière aussi désastreuse, Chine a continué à me parler. A moi, Timothée Lambert, le type le plus désespérément ordinaire de la terre. Et ce qui est encore plus dingue, c’est qu’on s’est même tout de suite bien entendus.

En fait, comme il ne m’arrive jamais rien, j’ai vite compris qu’il fallait que je mise sur autre chose que sur lui en mettre plein la vue. La faire rire. Lui faire plaisir. Ou l’écouter. Je veux dire, l’écouter vraiment, et parfois même, essayer de parler de choses qu’on a au fond de soi et qu’on ne partage avec personne d’autre.

Et ce n’est pas difficile. De toute façon, je crois que je serais prêt à faire n’importe quoi pour qu’on me laisse seulement la regarder.

- Timothéeeeeeeee !

Je serre la main de Matthieu et je file rejoindre Chine qui fait la tête de quelqu’un qui attend depuis 12 ans.

3.

5 novembre, 16H46.

Chine m’attend, assise sur les marches de l’église. Avec ses converses vert fluo et sa jupe blanche étalée tout autour de ses genoux, elle est belle comme un chou à la crème ou une danseuse.

Chine, c’est la seule fille du collège qui porte autre chose que des jeans ou des pulls couleur de rien. Quand elle met son short bleu électrique, on ne voit qu’elle dans les couloirs, mais elle s’en fout. En fait, je crois qu’elle aime bien ça, être remarquée. Etre le centre de l’attention. C’est une autre raison pour laquelle je l’admire. Moi, moins on me regarde et mieux je me porte.

- J’en ai marre de t’attendre ! elle grogne sans même lever les yeux. Qu’est ce que tu lui racontais, à Mathieu ?

Je cherche quelque chose qui pourrait faire rire une danseuse énervée. Mais je ne trouve pas. Au collège, à la place de la physique, on ferait mieux d’apprendre à être spirituel, ça serait plus utile.

- Oh, des trucs sans importance.

Je continue, d’un air que j’espère engageant :

- Qu’est ce que tu veux faire ? Tu veux qu’on aille au photomaton ?

Le photomaton, elle adore ça, je ne compte plus le nombre de fois où elle m’y a traîné. Elle commence par prendre des poses de cinéma et ensuite, généralement, elle déjante complètement. Elle grimace, elle embrasse l’écran ou se coiffe n’importe comment et moi, il faut que je fasse pareil, sous peine de passer pour le type super barbant.

Elle marche à côté de moi, sans un mot. Et puis d’un coup, elle se met à pleurer. Sans me prévenir, rien ! Qu’est ce qu’elle a ?

- Qu’est ce que j’ai dit ? Tu ne veux pas y aller ? Hé, attends, on n’est pas obligés, je disais ça pour te faire plaisir, moi !

Elle secoue la tête pour dire que ce n’est pas ça.

-T’as mal quelque part ? T’as l’appendicite ? T’as…tes trucs de fille ?

Elle lève les yeux au ciel. Toujours non. Parfois, c’est un peu compliqué, d’essayer de sortir avec une fille.

- Ben qu’est ce que t’as ? Dis-moi !

Chine lève la tête et me regarde avec ses grands yeux inondés, elle doit me voir tout flou :

- C’est mon anniversaire, aujourd’hui…et tout le monde s’en fout !

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