Invitations, rencontres scolaires : prochaine présence en métropole du 18 juin au 8 août 2014.
En dehors de ces dates : me contacter (heurtier@gmail.com) pour évaluer la faisabilité d'un retour / ou
visioconférences (Skype).

samedi 12 avril 2014

Sweet Sixteen au Prix des Incos

Une excellente nouvelle cette semaine : une 15° sélection pour Sweet Sixteen (Casterman).

Et pas nimporte laquelle ! C'est pour le Prix des Incorruptibles 2014/2015, dans la catégorie 3°/2nde, que ce roman a été retenu, aux côtés de :

Bacha Posh de Charlotte ERLIH -  Actes Sud Junior
Nos étoiles contraires de John GREEN, traduit par Catherine Gibert – Nathan
A comme aujourd’hui de David Levithan, traduit par Simon Baril – Les Grandes Personnes
Ma mère à l’Ouest d’Eva KAVIAN – Mijade






Le Prix des Incorruptibles est un prix très important en littérature jeunesse, organisé chaque année depuis 26 ans par l'association du même nom. 
En 2013, 330 000 lecteurs répartis dans 6200 établissements scolaires y ont participé. Il y a même une édition locale, ici à Tahiti. 
Rendez-vous en mai 2015 pour les résultats! 



mardi 8 avril 2014

De Tahiti jusqu'à Oulan-Bator

Mercredi 2 avril dernier, alors que l'on sillonnait les routes de Nouvelle-Zélande au son de douces récriminations enfantines (mamaaaan c'est loooooong ! On est bientôt arrivés ? / Non mon fils, on est encore sur le parking) sortait chez Casterman "Là où naissent les nuages", un roman ado qui nous emmène des chics trottoirs de Paris jusqu'aux steppes de Mongolie. 
J'ai adoré voyager virtuellement là-bas (merci Internet, Google Earth et autres blogs de voyageurs...), et durant quelques mois, j'ai presque eu l'impression qu'il faisait moins chaud dans mon bureau écrasé par la moiteur tahitienne. J'ai dit presque.

Quoi qu'il en soit et où que vous soyez, j'espère que vous éprouverez autant de plaisir à le lire que j'ai eu à l'écrire ! 








Merci aux librairies et blogueurs qui l'ont déjà lu...et aimé ! Comme par exemple, la librairie l'Emile, à Paris


Annelise Heurtier nous avait enchanté en 2013 avec son dernier roman. Sweet Sixteen mettait en scène Molly, une adolescente noire qui intégrait pour la première fois un lycée public jusque là réservé aux blancs. Vous pourrez trouver notre critique ici.
C'est avec cette même émotion que l'on découvre aujourd'hui (enfin presque, puisque vous ne le trouverez à la librairie qu'à partir 2 avril) Là où naissent les nuages, toujours aux éditions Casterman. Cette histoire, c'est celle d'Amélia, parisienne de notre temps. Fille unique, mal dans sa peau, elle mène une existence sans encombres, aimée de ses parents. Un matin, lorsque une lettre arrive tout droit de Mongolie, le passé engagé de sa mère dans l'humanitaire refait surface et ce n'est non pas son voyage, mais celui de la famille entière qui est envisagé pour l'été. Amélia, habituée au confort et à la facilité, va se retrouver face au désarroi d'un bidonville et à la beauté des paysages.

Écrit à la première personne, Là où naissent les nuages nous raconte son voyage au bout du monde, au propre comme au figuré. Ce livre nous sensibilise en douceur aux causes qui comptent et nous met sous le nez une misère à laquelle on ne pense pas. Le personnage d'Amélia est très riche, et évolue dès les premières pages. Drôle et sensible, son récit est un délice ! C'est avec elle que l'on découvre l'inconnu et le magnifique, Annelise Heurtier nous ensorcelle et nous fait voir des choses auxquelles nous ne pensions pas et, surtout, que l'on n'imaginait pas si bien percevoir !

On l'a lu et on vous le recommande (très très) vivement à tous, dès 12 ans !



Rendez-vous ici pour la revue de presse complète. 





Et pour le prochain roman.....je vous emmènerai en Érythrée. Je sais, je suis moins chère qu'une agence de voyage, ne me remerciez pas. 






jeudi 20 mars 2014

"Un conte africain qui peut faire mouche où que l'on soit"

Ce matin, on m'envoie une nouvelle et jolie chronique à propos de Babakunde, à retrouver sur le blog du comité de lecture des bibliothèques des Alpilles. Merci ! 

Les autres avis de lecture parus dernièrement sur cet album sont bien rangés ici

"Babakundé" d'Annelise Heurtier ; Ill. Mariona Cabassa - Casterman


Babakundé est l'homme le plus puissant de la tribu et c'est bien connu, les richissimes sont tellement occupés à veiller sur leurs biens qu'ils perdent leur temps à les gagner. Bien sûr, Babakundé fait distribuer ses "restes" aux villageois mais quand la mort vient prendre l'un  d'entre eux, forcément trop affairé, il ne peut assister aux funérailles. Bien sûr il accompagne ses regrets d'un cadeau parfaitement inutile et pour consoler les pauvres bougres leur assène chaque fois : "Il n'y a qu'un jour, demain le soleil brillera !" Mais la mort s'en vient chercher son épouse et... les villageois ne se déplacent pas et se contentent d'envoyer des cadeaux en précisant à Babakundé : "il n'y a qu'un jour...". Babakundé a beau verser des larmes en abondance, il est seul ! Apercevant les paysans s'avancer au loin, un sage murmure alors : "L'argent est bon, Babakundé, mais l'homme sera toujours meilleur, car il répond quand on l'appelle".
Un conte africain qui peut faire mouche où que l'on soit, où que l'on vive. Mais c'est le rôle des contes, n'est-ce-pas ? 
Très belle iconographie.
Simone

mardi 4 mars 2014

Hop hop, on se lève !


En ce moment, j'interviens au collège Anne Marie Javouhey de Papeete. J'aime ! Des élèves adorables, motivés et même pas fiu ou endormis alors qu'en ce moment il fait bien 72 degrés (et que certains élèves se lèvent à 4 heures du matin parce qu'ils viennent de l'île voisine). 


On discute, on échange sur le "métier" de l'auteur, et on travaille sur les étapes de la chaîne du livre !
A 7H du matin. 
Oui, ça pique, surtout quand vous avez dormi 2 heures la nuit d'avant, rapport à la fièvre de la gamine.  

Ambiance de foliiiiiiiiiiiiiie au CDI 



Misère, mais qui a pris cette photo au SEUL moment où j'ai l'air d'expliquer le pluriel des noms composés ? 




ça faisait longtemps qu'on n'avait pas joué, tiens....Alors, il est où l'auteur ?


Plus sérieusement, c'était sympa ! Merci à tous les élèves, ainsi qu'à Laurence et Corinne !.
Et à la semaine prochaine en compagnie de nouvelles classes !

vendredi 21 février 2014

Boulot

Depuis quelques mois, je travaille sur un nouveau roman, sur les traces de clandestins qui s'échouent à Lampedusa.
Pas mal de boulot de recherches....énormément, en fait.
Je ne sais pas si il sera publié. Mais après tous ces mois à fouiller le net, les bibliothèques,les librairies et les banques de données universitaires à propos de cette immense caserne à ciel ouvert qu'est l'Erythrée, je sais déjà que j'en reviens changée. 




En voilà deux petits extraits : 




Je réalisai bien vite que la giffa ne concernait pas que le Capri. Toute la rue avait été cernée. Des camions militaires la barraient tous les cinquante mètres environ, décourageant quiconque de sous soustraire aux vérifications. Mes parents et moi, tout comme le reste des clients et du personnel du Capri sommes venus compléter la grande ligne de citoyens accroupis qui s’était formée dans la rue. Les papiers blancs et jaunes des laissez-passer fleurissaient au bout des doigts et c’est avec un geste saccadé que ma mère me fourra le mien dans la main.
Lentement, les soldats examinaient les précieux sésames.
Nom, prénom, ministère d’affection, zone de circulation.
De temps à autres, comme un fruit pourri, un homme ou une femme était tiré du rang, qu’un autre soldat poussait sans ménagement dans le fourgon le plus proche.
Une femme voilée a trébuché, le soldat lui a donné un coup de kalachnikov dans la cuisse pour la faire se relever.
C’est alors qu’un soldat à la moustache fine s’est approché de mon père et lui a réclamé son laissez-passer. Comme il le tendait, je ne pus que remarquer les larges auréoles de sueur qui maculaient sa chemise claire. A cet instant et pour la première fois, il me parut vieux, faible. Infirme.
Mon père, l’ancien
tagadalti, un de ces vétérans chéri par la Patrie, réduit à montrer son petit papier, comme n’importe qui.       
Quand le soldat s’est posté devant ma petite sœur, elle n’a rien pu faire d’autre que de fixer ses pieds. Comme le soldat lui ordonnait de se dépêcher, elle s’est mise à pleurer et ma mère a attrapé le laissez-passer en s’excusant.  
Puis ce fut mon tour.
Autour de moi, tout avait disparu. La rue, les façades décrépies côtoyant l’immeuble moderne du bout de la rue, les lampadaires faiblards et le trottoir carrelé et les affiches à la gloire des soldats et les boutiques et les fourgonnettes militaires et les auréoles de mon père.  Il n’y avait plus que la main de ce soldat qui tenait mon laissez-passer. Se pouvait-il que je sois un fruit pourri ? A ce moment-là, je ne savais pas exactement ce qu’il devait contrôler.
Sur le chemin du retour, aucun de nous quatre n’a dit quoi que ce soit. Sur la chemise de mon père, l’empreinte de la sueur séchée n’en finissait pas de crier qu’il avait eu peur.  
J’avais 12 ans et c’est la première giffa dont je me souvienne.
J’avais 12 ans et c’est la première fois que je me suis posé la question. La vie était-elle

la même ailleurs, par-delà les frontières de mon pays ? 



********************


Dans le désert, tu pries. C’est tout ce qu’il te reste.
Il n’y a plus de jours, plus de nuits. Plus d’avant, plus d’après. Plus de pays. Au Soudan ou en Libye, le Sahara reste le même. Que tu viennes d’Erythrée, de Somalie ou d’Ethiopie, que tu aies douze ou quarante ans, ta réalité se limite désormais à ces trois mètres carrés dans lesquels tu t’entasses avec trente autres migrants. L’arrière d’un Land Cruiser cabossé.
Tu le connais par cœur, cet univers. Les trous sur la banquette de velours élimé, dans lesquels tu peux glisser ton doigt pour sentir la mousse qui se délite. La cabine qui a été enlevée, pour gagner un peu d’espace sur les côtés. Les petites gravures  ça et là, sur le plastique ou sur la tôle, comme des traces laissées par ceux qui ont tenté leur chance avant toi. La peau des autres contre tes bras. Leur souffle chaud, les plaintes ou les mots âcres qu’ils lâchent parfois. Le clapotis de l’eau qui se brise contre les parois du jerrican,  petite mer agitée - une mer coupée d’essence, pour que personne ne soit tenté d’en boire trop. L’odeur  aigre, poisseuse, animale, dont tu ne sais plus si elle t’appartient ou pas et qui ne te dérange plus depuis longtemps. Le gémissement du moteur quand il patine, descendez, il va falloir pousser. La lueur des phares d’un 4*4 et l’harmonie parfaite de trente cœurs qui s’emballent de terreur. Si ce sont des trafiquants, qu'est ce qu'ils te prendront ? Ton argent, tes reins ou tes yeux ?
Le sable qui s’insinue partout. Les yeux qui brûlent, la gorge dont les parois te semblent être devenues de bois. La fournaise de la journée qui te fait languir de la nuit. Le froid de la nuit qui te fait languir de la journée. Les formes desséchées que tu voudrais ne pas regarder mais sur lesquels tes yeux accrochent tout au long du chemin. Le chapelet que tu égrènes entre tes doigts, Seigneur Tout Puissant, faites que je ne sois pas le prochain.
Si la dune est trop raide, monter à pied.
Si un passager meurt, le jeter par-dessus bord.
Au bout du troisième, tu n’y es toujours pas habitué. Et tu te fais horreur, parce que tu viens de penser que désormais, tes trois mètres carrés te semblent légèrement moins étriqués.