J'ai quitté la Polynésie (quelle idée) au printemps 2016 et suis donc désormais disponible pour des rencontres scolaires. A bientôt !



mardi 19 juin 2012

Me voilà revenue de plusieurs mois d'immersion...

Aux Etats-Unis, dans les années soixante !
J'ai enfilé une jupe à crinoline et me suis laissée conduire dans une Oldsmobil Super 88, Frankie Lymon à fond dans l'auto-radio...
C'était bien. En tous cas j'ai bien accroché. J'espère que mon roman le sera également (accrocheur, vous avez compris).
Pour l'instant, je l'ai baptisé "Sweet sixteen", en référence au seizième anniversaire des jeunes filles, fêté de manière si particulière là-bas. 

Comportant 200 000 signes (150 pages A4 environ) et destiné à des lecteurs de 14 ans minimum, il s'inspire de l'un des nombreux et tragiques évènements ayant jalonné le mouvement pour les droits civiques....










Voici le prologue !







Mai 1954

  

Ms Carter jeta un regard circulaire dans la classe. C’était une petite femme gironde, au regard franc, qui enseignait au lycée Horace Mann depuis une dizaine d’années. Dubitative, elle demanda : 
- Alors ? Est-ce que l’un d’entre vous souhaite se porter volontaire ?
Personne ne répondit. Une mouche noire entra par la fenêtre ouverte et fila droit sur le professeur, qui la chassa d’un mouvement de bras.
Après quelques secondes d’attente, Ms Carter rassembla les feuilles étalées devant elle et les classa dans une chemise de carton gris.
- Très bien. Alors passons à autre chose.
La mouche revint zigzaguer autour des cheveux du professeur, avant de se poser sur un coin de son bureau.
C’est à ce moment-là que Molly Costello sentit son bras se lever. D’abord doucement, puis plus sûrement, jusqu’à ce qu’il atteigne sa position définitive, l’index pointé vers le plafond décrépi.
Ms Carter, occupée à distribuer des polycopiés, ne la repéra pas tout de suite. C’est Trevor Forman, un redoublant de 13 ans, qui le lui fit remarquer :
- Hey, Molly, t’es cinglée ou tu veux juste signaler que le plafond est complètement pourri ?
Quelques rires fusèrent et Ms Carter fit volte face, laissant tomber ses lunettes sur sa blouse amidonnée. Elle lança à la jeune fille un regard interrogateur :
- Oui, Molly ? Que se passe-t-il ?
- Je suis d’accord.
- D’accord pour quoi ?
- Pour tenter l’expérience.
Ms Carter s’immobilisa. Les sourcils froncés, elle fixait Molly, qui eut du mal à interpréter son comportement. Surprise ? Fierté ? Inquiétude ou désapprobation ?
- Tu en es bien sûre ?
Molly hocha la tête, sous le regard médusé de ses camarades. A ses côtés, son amie Suzanna chuchota :
- T’es pas sérieuse ?  Tu vas pas faire ça ?
Molly haussa les épaules. Après tout, elle ne risquait pas grand-chose. Entre une décision de justice et la réalité, il y avait un monde à traverser. Et puis, qui sait ? Si jamais ça se produisait, c’était tout de même un truc à ne pas laisser passer.



Et un morceau du 1° chapitre ! 

 1957

1. Grace Anderson




La voix de Johnny Matis s’éteignit et la chambre replongea dans une torpeur moite et silencieuse. C’était une après-midi sans brise, engourdissante et lente.  

Brook Sanders se laissa mollement tomber à la renverse sur son lit : 
 - Ce type va me rendre dingue .
Elle leva un sourcil, qui prit la forme d’un accent circonflexe : 
- Je suis sûr qu’il sent divinement bon. Quelque chose de distingué mais de très viril. Le genre de parfum que l’on porte à Paris, vous voyez ? 
Autour d’elle, ses trois amies sourirent. 
Allongée sur le couvre-lit à fleurs, Grace Anderson, blonde et menue, s’imaginait le nez plongé dans le cou du chanteur, face à une horde de groupies hystériques de jalousie. 
Assise au bord du lit comme pour prendre le moins de place possible, Judy Griffin suivait des yeux les courbes du visage de Johhny Matis, qui lui souriait sur la pochette du vinyle. Sa timidité et sa retenue naturelle l’empêchaient de le dire tout haut, mais dans ses pensées, elle aussi se voyait embrasser furieusement le chanteur. 
Quant à Dorothy Mitchell,  fille du propriétaire de l’un des plus gros cabinets d’avocats de Little Rock, elle s’était arrêtée de feuilleter l’un des derniers numéros de Seventeen. Le rocking-chair sur lequel elle s’était installée émettait un petit grincement cadencé, rassurant, à chacune de ses oscillations. Après avoir à son tour imaginé l’odeur animale de Johnny Matis, elle reprit sa lecture au milieu d’un article qui promettait « un maquillage naturel en moins de  huit minutes ». 

Dans son ample jupe à crinoline, Grace paraissait encore plus mince qu’elle ne l’était déjà. Les yeux brillants de malice, elle roula sur le côté, se retrouvant soudain face à Brook :   

- A côté du déhanché d’Elvis, avoue quand même que ton Johnny peut aller se rhabiller ! 
Dans son coin, Judy passa du blanc à l’écarlate. Quand elles s’en aperçurent, ses amies éclatèrent de rire. Grace leva les yeux au ciel : 
- Judy, mais quelle oie blanche tu fais ! Décoince-toi un peu, on est en 1957 !   
Elle saisit la jeune fille par le bras et l’entraîna au milieu de la chambre en fredonnant les paroles du dernier tube d’Elvis Presley  :



Baby let me be,
your lovin' Teddy Bear
Put a chain around my neck,
and lead me anywhere


Grace  trouvait la chose très distrayante. Elle déployait toute son énergie pour faire bouger Judy, qui observait ces gesticulations sans visiblement savoir que faire de son corps, le dos raide comme une falaise. 

En guise de motivation, Grace se mit à chanter plus fort, avant de se lancer dans une imitation du chanteur :


                                                  Oh let me beeeeee

                                                  Your teddy beaaaaar


Brook était hilare. Essayant de retrouver son sérieux, elle se redressa :    

- Chuut ! Arrête, Grace ! Si ma mère t’entend chanter Elvis, je te garantis que plus jamais tu ne passeras la porte de cette maison !  
Judy profita de cette intervention pour retirer ses mains de celles de Grace. Chez elle, comme chez la plupart des jeunes filles de bonne famille, le chanteur était banni. Même la presse l’épinglait, dénonçant cette manière obscène qu’il avait de bouger.  « S’il faisait cela dans la rue, il serait arrêté  » avait-on pu lire dans Times Magazine, quelques semaines plus tôt.  
Grace se tapota les joues, rougies par l’effort et la chaleur de ce début de mois d’août, avant d’ajouter :- En tous cas, j’ai entendu dire qu’il allait donner un concert ici. 

5 commentaires:

Nanou a dit…

et bien voilà de quoi éveiller la curiosité !!!

gwendoulash a dit…

Si ça va me plaire ? Mais je suis DEDANS déjà je vois les gens , j'entends la musique tout ça quoi ... Qu'est ce que je vais faire maintenant ? .... coincée dans cette classe en 1954 jusqu'à ce que le livre sorte haha

Elise a dit…

Ahhh la suite, la suite, la suite!

Elise a dit…

Ahhhhhhh la suite, la suite!!

Perrine a dit…

Wahou tu as bien bossé! Tu voyages et nous fais voyager, vivement la suite.