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mardi 26 novembre 2013

Prix NRP

Cette après-midi, mercredi 27, j'ai eu l'honneur de me voir remettre le fameux prix NRP et j'avoue que je me sens toute petite (d'accord, encore plus petite ) à côté de tous ceux qui ont été distingués avant moi ! 
Le prix NRP est décerné chaque année à 3 ouvrages de littérature jeunesse, par un jury composé de documentalistes et de professeurs de lettres. Cette année, je partage donc ma joie avec Jérôme Leroy (Norlande, Syros) et Charlotte Erlih (Basha Posh, Actes Sud Junior). 

Comme il ne m'était pas vraiment possible d'aller à Paris à la remise des prix (je viens à peine de terminer mes 30 heures d'avion et ma petite et moi tentons de nous remettre de 12 heures de décalage horaire), j'ai rédigé un petit texte que Brigitte G., la responsable Presse du groupe Flammarion, a lu à ma place. Pas évident, comme exercice. Le voici ! 




Tout d’abord, sachez que je regrette de ne pas être parmi vous aujourd’hui, mais Brigitte, qui sait à quel point je suis ravie de l’honneur qui m’est fait, saura vous communiquer mon enthousiasme par le biais du présent message. Brigitte, c’est le moment de sourire ! 

Plus sérieusement, je voudrais remercier les organisateurs du Prix , les votants ainsi que tous les lecteurs qui ont lu ce roman et qui ont découvert (ou redécouvert) cet épisode trop peu connu de l’histoire des Etats-Unis. Je remercie également mon éditrice qui a permis à ce manuscrit de se frayer un chemin hors de mon ordinateur.
Je l’ai dit, je suis ravie de recevoir ce prix – d’ailleurs j’espère que Brigitte sourit toujours - comme je l’aurais été pour n’importe quel autre roman que j’aurais écrit . Mais j’avoue que je suis d’autant plus satisfaite que ce soit précisément Sweet Sixteen qui soit mis à l’honneur. La thématique soulevée dans cette histoire vieille de plus de 60 ans n’a finalement pas pris une ride. Lorsque l’on évoque la ségrégation raciale, le KKK ou plus généralement la question noire aux Etats-Unis depuis l’esclavage jusqu’à l’émergence du mouvement pour les droits civiques, l'on s’indigne, et à juste titre. Mais au final, je ne suis pas sûre que l’on puisse dire que notre société a tant évolué qu’on veut bien le croire, ou le dire.
Des événements récents tendent plutôt à nous démontrer le contraire. Aujourd’hui, c’est de l’autre côté de l’Atlantique qu’un Président noir a été élu. Et c’est chez nous, le pays des Lumières, que la parole raciste tend de plus en plus à se normaliser, et que globalement, le rejet de l’autre se fait sentir, qu’il soit question de couleur de peau, de religion ou de sexualité.
Sweet Sixteen a été retenu dans de nombreuses sélections et je m’en réjouis. Au delà de la satisfaction et de la fierté qu’il y a toujours à recevoir un prix, je retiens surtout que cette « médiatisation » permettra à ce roman d’être lu. Et si cette lecture peut inciter le lecteur à s’interroger, à prendre du recul (qu’aurions nous fait à la place des protagonistes de ce roman, qu’il s’agisse des noirs ou des blancs ?), je me sens d’autant plus récompensée.
Enfin, je ne saurais terminer ce message sans rappeler et saluer les 9 de Little Rock, qui ont eu la force et le courage de poursuivre leur rêve.

Merci!


Plus d'infos ici : 




samedi 21 septembre 2013

10 bonnes raisons de ne pas lire Sweet Sixteen

En juin prochain, je serai l'invitée du Festival du Livre Jeunesse de Cherbourg, qui a eu la bonne idée de retenir Sweet Sixteen pour sa sélection 2013/2014.
Malheureusement, je ne pourrai pas y être présente en chair (muscles fuselés...mouaaaah ah ah) et en os, alors je pense que nous ferons quelques visioconférences par Skype interposés...
Malgré tout, j'ai quand même travaillé ! Il a en effet fallu que je trouve 10 bonnes raisons de ne pas lire Sweet Sixteen...
Ce n'est pas si facile, comme exercice (je précise que le but est de donner envie, hein, pas de dire que c'est tout pourri, sinon c'est trop facile^^...)

Allez hop, c'est parti ! 


1. Le héros n’est pas un vampire torturé. Ni une malheureuse qui découvre qu’elle est la fille cachée d’un prince indien. Ni un sublime brun ténébreux qui comprend qu’il peut marcher au mur comme une araignée. 
Il n’y a même pas de longs baisers sur la plage pour vous faire rêver. 
Oui, je sais, c’est moche. 


2. L’histoire se déroule à l’époque des dinosaures, dans l’Amérique ségrégationniste et ultra-raciste des années 60. 
Brrrr, ça sent les références historiques à plein nez. 


3. Aucun personnage de ce livre n’utilise d’ordinateur, de tablettes ou de i-trucs. L’héroïne n’a même pas de profil facebook pour afficher les poses qu’elle prend devant son miroir. Non mais allô quoi. 


4. On y découvre des événements abominablement atterrants mais qui sont pourtant réellement arrivés (et dont l’évocation vous permettrait de briller en société. Ou en cours. Je dis ça, je dis rien….je sais que vous brillez déjà très bien sans moi)


5. Vous pensez qu’il ne sert à rien de méditer sur les erreurs du passé. Et que de toute façon, on vit dans une société où il n’y a rien à changer. Rien du tout ! 


6. Vous détestez voyager dans le temps (et voyager tout court d’ailleurs). L’ambiance boogie-woogie, cadillac et jupes à crinoline provoque en vous une crise d’ennui irrépressible et vous vous fichez comme d’un vieux coton-tige que de savoir ce que sont vraiment ces fameux « Sweet sixteen ». 



7. Une fois le livre refermé, vous aurez envie d’aller googler « les neuf de Little Rock » et vous n’avez pas que ça à faire. 



8. Le livre est trop court, à peine de quoi vous distraire lors d’un dimanche chez une vieille tante barbue. En plus, il est trop léger pour s’en servir de presse papier. Aucun intérêt. 



9. La fille qui l’a écrit est vraiment très méchante (c’est son fils de 5 ans qui le dit quand il est privé d’histoire du soir parce qu’il a tenté d’assommer sa petite sœur)



10. Tout le monde va vous dire « Hey, il est beau ce livre ! ça raconte quoi ? » et vous n’avez pas du tout envie de parler, même si c’est un beau blond ou une brune terrible (rayez la mention inutile) qui vous a posé la question. 



Plus sérieusement, j’espère que vous aurez envie de vous plonger dans ce roman. Il s’agit d’une fiction, certes, mais basée sur des faits réels qu’on ne doit pas oublier, et qui nous permettent de nous interroger sur notre propre société…et sur nous-même. Avons-nous tellement évolué ? Comment aurions-nous agi si nous étions nés dans la peau de l’une ou l’autre de ces deux héroïnes ? 

vendredi 17 mai 2013

La 30° !

Déjà une trentaine de chroniques relayant la sortie de Sweet Sixteen, sorti il y a un peu plus d'un mois...Pour fêter ça, je copie-colle la plus récente (qui me soit arrivée dans ma boite mail), joliment écrite par Sébastien Almira sur son blog "Culturez-vous'. 

Merci Sébastien ! 



Et si jamais vous aviez l'envie saugrenue de lire TOUTES les 29 autres, c'est ici !






Quel livre ! Quelle histoire ! Et tout ça raconté par une Française. Une Française, Annelise Heurtier, qui s'approprie un pan de l'histoire des États-Unis, le début de la déségrégation, comme si elle y était. Dévoré en deux heures, le temps d'un aller-retour en RER pour aller voir le groupe Texas présenter dans l'émission Le Ring une partie, un peu molle, de son album à paraître, une reprise d'Elvis (le chanteur proscrit dans les beaux milieux, comme vous le lirez dans Sweet Sixteen. Vous voyez que ça a un rapport !), et quelques anciens titres qui ont enfin mis le feu à la salle. Dévoré en deux heures, donc trop court.
C'est le seul reproche que j'ai à faire à ce roman : on en veut encore. Non par voyeurisme, non par sadisme, mais parce que c'est intéressant, parce qu'on a bien compris l'enfer que vivent ces neuf Noirs autorisés pour la première fois à étudier dans une école pour Blancs, mais qu'on aimerait ne pas les quitter là, qu'on aimerait les suivre plus longtemps, pendant l'année et après, suivre leur chemin, les accompagner dans leur lutte contre le racisme et pour la liberté.

Qu'on se le dise, même si certains faits sont inventés par l'auteure, même si les noms ont été changé, il ne faut pas oublier que ces neuf étudiants de 14 à 17 ans ont vraiment vécu cette aventure hors du commun, pour laquelle il leur a fallu un courage inouï. Quelque fois, j'ai fait le rapprochement avec le mariage pour tous qui, en ce moment, déchaîne des flots de haine incompréhensibles alors qu'il s'agit simplement de la liberté d'une partie de la société. Dîtes-vous que lorsque la Cour suprême des États-Unis rend inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques, le principe fût le même, sauf que les antis étaient autrement plus nombreux (85% de la population) et surtout autrement plus violents. Et franchement, ça fait peur.


« Elle avait beau avoir grandi dans ce quotidien-là, elle était tout à fait consciente de l'iniquité de la situation. La vie des Noirs semblait être faite d'un ingénieux assemblage d'injustices courantes, ne visant qu'à une chose : les maintenir à leur place, c'est-à-dire sous les semelles des Blancs.
« Séparés mais égaux », promettait glorieusement la loi depuis quatre-vingt ans. Quelle foutaise. Et pas seulement dans les écoles. Les exemples étaient légion. Les toilettes pour Noirs, dans les magasins ? Encore fallait-il les trouver, reléguées au fond d'un dédale de couloirs sombres et sales. Les fontaines d'eau qui leur étaient réservées ? Poussiéreuses et jamais nettoyées.
Pourquoi la justice avait-elle édictée une telle loi si c'était pour la laisser fouler aux pieds sans même lever le petit doigt ?
C'est peut-être pour cela, et aussi parce que sa grand-mère Shiri l'avait élevée dans l'idée que les Noirs méritaient les mêmes chances que les Blancs, que Molly s'était déclarée volontaire pour intégrer le Lycée central, trois ans auparavant. » pages 23-24

C'est Molly que nous allons suivre un chapitre sur deux dans Sweet Sixteen. Dans l'autre moitié, nous suivrons Grace, une jolie blonde dont les mères de ses amies sont les principales chefs de file de la Ligue des mères blanches, groupe de bitch prêtes à tout pour empêcher neuf adolescents noirs d'intégrer un lycée où ils seront de toute façon largement noyés au milieu de plus de deux-mille Blancs. Deux-mille Blancs dont la quasi totalité sont eux aussi prêts à tout pour pourrir la vie à ces neuf Noirs. Et au milieu d'eux, Grace qui se demande à quoi peut bien rimer toute cette haine et si elle ne met pas à mal ses propres idées en tombant amoureuse d'un beau garçon qu'elle soupçonne de participer à de violentes actions racistes.


Sur à peine plus de deux-cents pages, Annelise Heurtier nous raconte l'année scolaire avec une force étonnante et sans pathos. Le but n'est pas de faire pleurer dans les chaumières, mais de relater un épisode tragique mais salvateur, sans en enlever la violence et sans y rajouter de fioritures. Et je dois dire que le but est atteint à la perfection.
L'auteure demande avec humour dans son mot final si nous sommes prêts à recommencer, à la lire de nouveau. Si ses deux autres romans sont aussi impressionnants, je ne marche pas : je cours.

« Le cœur de Molly se mit à battre la chamade. Ils avaient beau faire partie de quelque chose de grand, de juste, quelque chose qui les dépassait, il n'en restait pas moins que, maintenant, c'était à eux seuls de se lancer. À eux de le vivre.
La porte de la voiture s'ouvrit sur des cris assourdissants.
Molly plaqua ses mains sur ses oreilles et suivit ses compagnons en direction de la porte, sous les huées de la foule contenue par les policiers. Elle s'engouffra à l'intérieur comme on se rue dans un abri pendant l'orage. La porte se referma dans un claquement métallique, et les hurlements devinrent plus lointains. Molly écarquilla les yeux. Ils avaient réussi. Ils étaient entrés. » page 109

À vous d'entrer.
Sebastien Almira