BREAKING NEWS

! BREAKING NEWS ! Je quitte la Martinique à l'été 2022. N'hésitez pas à me solliciter pour programmer des rencontres dès la rentrée, je serai enchantée de vous retrouver !

jeudi 20 mars 2014

"Un conte africain qui peut faire mouche où que l'on soit"

Ce matin, on m'envoie une nouvelle et jolie chronique à propos de Babakunde, à retrouver sur le blog du comité de lecture des bibliothèques des Alpilles. Merci ! 

Les autres avis de lecture parus dernièrement sur cet album sont bien rangés ici ! 

"Babakundé" d'Annelise Heurtier ; Ill. Mariona Cabassa - Casterman


Babakundé est l'homme le plus puissant de la tribu et c'est bien connu, les richissimes sont tellement occupés à veiller sur leurs biens qu'ils perdent leur temps à les gagner. Bien sûr, Babakundé fait distribuer ses "restes" aux villageois mais quand la mort vient prendre l'un  d'entre eux, forcément trop affairé, il ne peut assister aux funérailles. Bien sûr il accompagne ses regrets d'un cadeau parfaitement inutile et pour consoler les pauvres bougres leur assène chaque fois : "Il n'y a qu'un jour, demain le soleil brillera !" Mais la mort s'en vient chercher son épouse et... les villageois ne se déplacent pas et se contentent d'envoyer des cadeaux en précisant à Babakundé : "il n'y a qu'un jour...". Babakundé a beau verser des larmes en abondance, il est seul ! Apercevant les paysans s'avancer au loin, un sage murmure alors : "L'argent est bon, Babakundé, mais l'homme sera toujours meilleur, car il répond quand on l'appelle".
Un conte africain qui peut faire mouche où que l'on soit, où que l'on vive. Mais c'est le rôle des contes, n'est-ce-pas ? 
Très belle iconographie.
Simone

vendredi 21 février 2014

Boulot

Depuis quelques mois, je travaille sur un nouveau roman, sur les traces de clandestins qui s'échouent à Lampedusa.
Pas mal de boulot de recherches....énormément, en fait.
Je ne sais pas si il sera publié. Mais après tous ces mois à fouiller le net, les bibliothèques,les librairies et les banques de données universitaires à propos de cette immense caserne à ciel ouvert qu'est l'Erythrée, je sais déjà que j'en reviens changée. 




En voilà deux petits extraits : 




Je réalisai bien vite que la giffa ne concernait pas que le Capri. Toute la rue avait été cernée. Des camions militaires la barraient tous les cinquante mètres environ, décourageant quiconque de sous soustraire aux vérifications. Mes parents et moi, tout comme le reste des clients et du personnel du Capri sommes venus compléter la grande ligne de citoyens accroupis qui s’était formée dans la rue. Les papiers blancs et jaunes des laissez-passer fleurissaient au bout des doigts et c’est avec un geste saccadé que ma mère me fourra le mien dans la main.
Lentement, les soldats examinaient les précieux sésames.
Nom, prénom, ministère d’affection, zone de circulation.
De temps à autres, comme un fruit pourri, un homme ou une femme était tiré du rang, qu’un autre soldat poussait sans ménagement dans le fourgon le plus proche.
Une femme voilée a trébuché, le soldat lui a donné un coup de kalachnikov dans la cuisse pour la faire se relever.
C’est alors qu’un soldat à la moustache fine s’est approché de mon père et lui a réclamé son laissez-passer. Comme il le tendait, je ne pus que remarquer les larges auréoles de sueur qui maculaient sa chemise claire. A cet instant et pour la première fois, il me parut vieux, faible. Infirme.
Mon père, l’ancien
tagadalti, un de ces vétérans chéri par la Patrie, réduit à montrer son petit papier, comme n’importe qui.       
Quand le soldat s’est posté devant ma petite sœur, elle n’a rien pu faire d’autre que de fixer ses pieds. Comme le soldat lui ordonnait de se dépêcher, elle s’est mise à pleurer et ma mère a attrapé le laissez-passer en s’excusant.  
Puis ce fut mon tour.
Autour de moi, tout avait disparu. La rue, les façades décrépies côtoyant l’immeuble moderne du bout de la rue, les lampadaires faiblards et le trottoir carrelé et les affiches à la gloire des soldats et les boutiques et les fourgonnettes militaires et les auréoles de mon père.  Il n’y avait plus que la main de ce soldat qui tenait mon laissez-passer. Se pouvait-il que je sois un fruit pourri ? A ce moment-là, je ne savais pas exactement ce qu’il devait contrôler.
Sur le chemin du retour, aucun de nous quatre n’a dit quoi que ce soit. Sur la chemise de mon père, l’empreinte de la sueur séchée n’en finissait pas de crier qu’il avait eu peur.  
J’avais 12 ans et c’est la première giffa dont je me souvienne.
J’avais 12 ans et c’est la première fois que je me suis posé la question. La vie était-elle

la même ailleurs, par-delà les frontières de mon pays ? 



********************


Dans le désert, tu pries. C’est tout ce qu’il te reste.
Il n’y a plus de jours, plus de nuits. Plus d’avant, plus d’après. Plus de pays. Au Soudan ou en Libye, le Sahara reste le même. Que tu viennes d’Erythrée, de Somalie ou d’Ethiopie, que tu aies douze ou quarante ans, ta réalité se limite désormais à ces trois mètres carrés dans lesquels tu t’entasses avec trente autres migrants. L’arrière d’un Land Cruiser cabossé.
Tu le connais par cœur, cet univers. Les trous sur la banquette de velours élimé, dans lesquels tu peux glisser ton doigt pour sentir la mousse qui se délite. La cabine qui a été enlevée, pour gagner un peu d’espace sur les côtés. Les petites gravures  ça et là, sur le plastique ou sur la tôle, comme des traces laissées par ceux qui ont tenté leur chance avant toi. La peau des autres contre tes bras. Leur souffle chaud, les plaintes ou les mots âcres qu’ils lâchent parfois. Le clapotis de l’eau qui se brise contre les parois du jerrican,  petite mer agitée - une mer coupée d’essence, pour que personne ne soit tenté d’en boire trop. L’odeur  aigre, poisseuse, animale, dont tu ne sais plus si elle t’appartient ou pas et qui ne te dérange plus depuis longtemps. Le gémissement du moteur quand il patine, descendez, il va falloir pousser. La lueur des phares d’un 4*4 et l’harmonie parfaite de trente cœurs qui s’emballent de terreur. Si ce sont des trafiquants, qu'est ce qu'ils te prendront ? Ton argent, tes reins ou tes yeux ?
Le sable qui s’insinue partout. Les yeux qui brûlent, la gorge dont les parois te semblent être devenues de bois. La fournaise de la journée qui te fait languir de la nuit. Le froid de la nuit qui te fait languir de la journée. Les formes desséchées que tu voudrais ne pas regarder mais sur lesquels tes yeux accrochent tout au long du chemin. Le chapelet que tu égrènes entre tes doigts, Seigneur Tout Puissant, faites que je ne sois pas le prochain.
Si la dune est trop raide, monter à pied.
Si un passager meurt, le jeter par-dessus bord.
Au bout du troisième, tu n’y es toujours pas habitué. Et tu te fais horreur, parce que tu viens de penser que désormais, tes trois mètres carrés te semblent légèrement moins étriqués.







mardi 11 février 2014

Sweet Sixteen, la suite !


Sweet Sixteen poursuit son bonhomme de chemin et s'offre de nouvelles vies...

Déjà parce qu'il sortira en version poche au mois de mars (chez Casterman toujours), mais aussi parce que les droits ont été achetés par deux autres éditeurs, le français France Loisirs, et le coréen Darim Publishing (là vous êtes sciés de voir comment je lis le coréen, hein)...



Le parti pris artistique est...mmmh...différent. 

Voilà !
Prochaine date, le 5 mars, pour un roman ado qui vous emmènera jusqu'à Oulan-Bator (ça marche pas si vous lisez que la 4° de couv' par contre). 



Et pour finir, n'oubliez pas....tous à poils ! ^^

http://jeunesse.actualitte.com/reportages/cope-tous-a-poil-la-reponse-de-l-editrice-717.htm


mercredi 5 février 2014

Pas de papaye dans la mare

Gabriel, de la célèbre Mare aux mots-qu'on-ne-présente-plus, vient d'écrire une très belle chronique à propos de mon album Babakunde...
ici 
Il parait que je vous ai "habitués au meilleur" (c'est lui qui le dit hein, moi, je n'oserais pas)...
Alors je lui ai répondu  : "Et encore, t'as pas goûté à mon gratin de papayes !"

Gabriel n'aime pas la papaye. Soit. 

Alors je la mets ici, ma recette ! 


Il faut : 

- savoir à quoi ressemble une papaye, déjà.
(Je dis ça pour les gens de Nancray, par exemple)




Admirez mon sens de la nature morte.
Et non, ce n'est pas l'ananas qui est minus,
mais la papaye qui est énooorme


- 4 papayes (oui je sais, ce n'est pas tellement responsable d'acheter des fruits exotiques en métropole, mais bon vous n'avez qu'à manger que du chou et des poireaux pour tout le reste de l'hiver, ça compensera). Inutile de préciser qu'il faut dégoter de bonnes papayes, et pas des trucs avec un vague goût de flotte. Par contre, ne les choisissez pas trop mûres, sinon ça sera le drame après la cuisson.

- de la crème fraîche épaisse, type Isigny

- 1 bouillon cube ou de l'arôme Maggi

- du bon fromage râpé : parmesan, comté 18 mois....

- sel, ail, poivre, muscade, nutella (arf arf arf, poilant ce blog)


Ensuite, ce n'est pas compliqué, même pour les nulles en cuisine : vous épluchez les papayes et ôtez les petits grains noirs qui sont au centre (s'il en reste quelques-un, ce n'est pas bien grave, c'est tout à fait comestible). Ensuite, vous débitez les papayes en petits cubes, que vous ferez cuire dans de l'eau additionnée d'un bouillon cube ou d'arôme Maggi.
Une fois qu'elles sont bien cuites (= molles) et égouttées, vous les étalez dans un plat à gratin.
Dans un bol, vous salez, poivrez, aillez, muscadez la crème fraiche, et vous versez le tout sur vos papayes.
Un peu de fromage râpé par dessus et hop, au four.
Tadaaaaam !!

En plus, ça change de la raclette. Et vous n'avez pas les rideaux qui empestent. 

mardi 14 janvier 2014

Un petit tour en Afrique pour commencer l'année

Aujourd'hui sort en librairie Babakunde, un album illustré par Mariona Cabassa et publié aux éditions Casterman. D'ailleurs si vous suivez, j'en ai déjà parlé ici ! 

Comme l'explique le site aufeminin.com, qui en fait un de ses coup de coeur de cette nouvelle année, il s'agit d'un " joli conte qui enseigne combien on ne peut pas attendre quand on ne prend pas le temps de donner". 

Il est chroniqué sur le Figaro.fr, par Françoise d'Argent
Tous les mardis, Françoise Dargent, du Figaro littéraire, donne son avis sur un album ou un roman, destiné aux enfants ou aux adolescents.
Babakunde est l'homme le plus puissant de son village. Le plus riche également. Il est toujours occupé. Quand il ne chasse pas, il parcourt ses terres, quand il ne reçoit pas des visiteurs pour affaires, il part en voyage. Babakunde a tout sauf du temps à offrir à ses voisins les villageois. Lorsque ceux-ci viennent le prévenir d'un décès dans le village, Babakunde ne peut jamais se joindre aux funérailles, mais il ne manque jamais d'offrir un présent pour réconforter les familles. Le jour où sa femme décède, il demande à ses serviteurs de préparer une grande cérémonie à laquelle sont conviés tous les gens du village. Mais aucun ne vient. Il ne reçoit que des offrandes.
• À qui est destiné le livre?
Ce conte africain pourra être lu à des enfants à partir de 4 ans. L'histoire, simple, permet d'aborder en douceur les questions de l'altruisme et du deuil. Il n'y a rien d'effrayant dans le texte et, au contraire, beaucoup de douceur même s'il est question de la perte des êtres aimés. Le texte d'Annelise Heurtier est à l'unisson des illustrations, riche et luxuriant. Il évoque une Afrique à la nature abondante, quasi sacrée.
• Pourquoi les enfants aimeront?
Il y a d'abord cette couverture en couleur, très vive. Fond vert presque fluo, des perroquets multicolores, un prince au chapeau fuchsia et au regard pénétrant. D'une séduction immédiate. La magie continue lorsqu'on tourne les pages et que l'on se plonge dans l'album. L'illustratrice espagnole Mariona Cabassa a parfaitement saisi l'esprit du texte, déclinant toutes les nuances des émotions qui traversent les héros, passant du coloris le plus éclatant au ton le plus feutré. Une vision enchantée de l'Afrique qui fait toujours mouche auprès des enfants.
Babakunde, d'Annelise Heurtier et Mariona Cabassa, Casterman, 32p., 13,95€.





Christianne Peyronnard, sur le site des Clionautes, donne également déjà son ressenti (merci!) : 


Un superbe album qui séduit au premier regard les petits, à partir de 3 ans, et les grands.


L’histoire de Babakundé est celle d’un homme riche qui délaisse ses devoirs envers les amis.
Ce conte moral est une histoire en randonnée, c’est à dire que, de pages en pages, se répète la même scène ou presque. Cette forme de récit est très adaptée à un très jeune public et permet de faire construire des suites possibles ou de transposer le mécanisme dans un autre cadre géographique par exemple.
Ici, nous sommes dans une Afrique imaginaire, un riche villageois est pris par ses activités et la recherche de l’argent, ce qui le conduit à ne pas se soumettre à la tradition de présence aux funérailles d’un ami ou d’un membre de sa famille, tradition encore très vivante en Afrique. 
Trop pris par ses activités, il ne se déplace pas au village, il se contente d’envoyer des cadeaux.
Quand le deuil l’atteint, que pensez vous qu’il arriva ?
Une fin optimiste rend la joie au village.
La qualité du texte est soutenue par des illustrations chaleureuses, d’une grande beauté qui méritent elles aussi une lecture.
Bravo à l’auteur et à l’illustratrice qui nous font ici un beau cadeau.



Voilà, tout est dit ! ( Enfin, que ça ne vous empêche pas non plus d'aller le zieuter de plus près)

Juste une petite précision, personnellement je le conseille plutôt à partir de 6/7 ans.